Plan d’économies de la Ville de Grenoble : quand la sobriété devient prétexte à l’austérité généralisée

En 2014, l’équipe d’Eric Piolle était élue sur la promesse d’un nouveau modèle : une ville « à la démocratie renouvelée qui donne du pouvoir d’agir aux habitants », « un bouclier social et écologique plutôt que des logiques austéritaires qui visent à restreindre toujours plus l’intervention publique »…

En 2016, le fossé est grand entre les paroles et les actes. La sobriété est transformée en austérité généralisée : le « plan de sauvegarde » présenté par la Ville ce jeudi 9 juin, à l’instar des plans sociaux des grandes entreprises, est un vaste plan de liquidation de nos services publics. Le pouvoir d’agir des habitants devient prétexte au désengagement et à la libéralisation des services publics notamment en matière d’entretien des espaces verts et publics. Loin de la « co-construction » érigée pourtant en promesse numéro 1 de l’équipe Piolle, ce plan est par ailleurs imposé par le haut, sans aucun échange ni diagnostic partagé avec les acteurs et les habitants de la ville.

A la sobriété et la frugalité culturelles, la municipalité a répondu tous azimuts et sans ligne politique par la fermeture du Ciel, la transformation de la Chaufferie, la municipalisation du théâtre 145 et du théâtre de création, des coupes budgétaires sans précédent auprès des acteurs culturels…Même le metteur en scène Joël Pommerat s’en faisait l’écho dans Libération le 2 juin dernier. Loin de la promesse de « réconcilier », elle a opposé les formes artistiques et les acteurs culturels, et c’est maintenant à la lecture publique d’être amputée des bibliothèques Prémol, Alliance et Hauquelin.

La sobriété a également bon dos sur le terrain associatif. Au lieu d’encourager, la municipalité a tranché sans nuance dans les initiatives dont on pouvait espérer qu’elles soient « confortées », et c’est aujourd’hui « un nouveau contrat avec les organismes extérieurs » qui est proposé aux partenaires associatifs. Merci pour eux.

Le « bouclier social », censé être un rempart face à la crise, ne protégera finalement pas beaucoup les grenoblois qui subiront dès l’année prochaine une augmentation généralisée des tarifs : cantine, piscine, restauration des personnes âgées, stationnement, bibliothèques, museum…, périscolaire gratuit qui devient payant, fermeture d’un centre social, restriction des services aux personnes âgées et arrêt du développement des crèches.

Dissolutions, fermetures, optimisations, évolutions et autres reconfigurations… ce verbiage technocratique libéral, jusqu’ici si peu à la mode dans le discours joyeusement alternatif des élus municipaux, trouve ici toute sa place dans ce New Deal qui ressemble à s’y méprendre à une liquidation violente du service public communal. Dure réalité de gestion qui n’en cache pas moins une vision effectivement toute nouvelle de la ville de demain : une ville qui abandonne définitivement le chemin du développement et qui fait reculer comme jamais à Grenoble la sphère publique, seule garante de l’égal accès de tous aux services et biens communs.

La baisse des dotations de l’Etat nécessite un effort important de toutes les collectivités en France, c’est une réalité. A Grenoble, les 17 millions d’euros en moins sont étalés sur 5 ans (2013 -2017), sur un budget de 350 millions d’euros par an. Alors qui peut encore croire à cette théâtralisation sur les dotations de l’Etat qui vise à se dédouaner de choix libéraux et austéritaires ? La municipalité actuelle n’a pas été élue sur ce contrat. Le risque est grand qu’elle contribue désormais au désenchantement, à ladécrédibilisation et à la perte de confiance à l’égard des élus et des politiques qu’ils conduisent.