Les jeunes : grands sacrifiés du budget départemental 2016

Un budget de rupture…tel était le slogan de la conférence de presse du Président du Conseil départemental de l’Isère pour présenter son budget 2016. A la lumière des chiffres qui nous ont été présentés, je dirai surtout que, dans ses grands équilibres, ce budget se situe dans la continuité. Mais quand on l’étudie de plus près il y a effectivement une rupture profonde : une rupture avec le cœur des missions du département.

A l’heure où la nouvelle majorité départementale n’a de cesse d’évoquer un recentrage de l’action du département sur ses compétences obligatoires, elle recule sur l’action sociale et les politiques de solidarités, c’est-à-dire la première compétence du département réaffirmée par la loi dans le cadre de la réforme territoriale.

Au-delà des discours, l’exercice budgétaire c’est l’épreuve des faits, alors constatons ensemble :

  • 800 000 euros en moins pour la prévention spécialisée , c’est-à-dire  800 000 euros pour les associations telles que le Codase, l’Apase…les 5 associations qui font partie du réseau 38 et qui interviennent dans le cadre de l’Aide Sociale à l’enfance. N’est-ce pas notre première compétence, l’Aide Sociale à l’Enfance ? A ces coupes budgétaires s’associe l’injonction qui est faite aux associations d’abandonner leurs interventions dans certains quartiers où la prévention est pourtant nécessaire et d’abandonner certaines actions de prévention pour se concentrer sur la radicalisation et le dérochage scolaire.

 

800 000 euros dans un budget associatif, cela se traduit concrètement par des emplois d’éducateurs en moins. Au-delà du fait que le tissu associatif participe largement à la dynamique en matière d’emploi, qu’en sera t-il demain des jeunes concernés par l’action des associations de prévention spécialisée ? Les missions de ces associations sont complémentaires des actions menées en direction des jeunes par les missions locales, le Planning familial, les structures socio-culturelles, la PJJ, les polices nationale et municipale, les agents municipaux…C’est par la bonne coordination et le maillage des actions de ces différents acteurs, à divers niveaux, que nous pouvons espérer construire, au fil du temps, dans un travail de proximité quotidien, des réponses adaptées à des jeunes aux parcours discontinu, parfois en rupture, ou en mal d’accompagnement. Si l’action sociale peut être difficilement mesurable, les bilans d’activité des associations concernées attestent, si besoin était de leur utilité publique. Nous savons aussi, en tant qu’élu de ces territoires, le rôle fondamental des associations de prévention spécialisée au côté de leurs partenaires, pour travailler à la socialisation des jeunes. C’est dire si le Département de l’Isère est pleinement concerné par l’action de ces associations. Il  est d’ailleurs, à ce titre, le principal financeur des actions de prévention spécialisée en raison, nous souhaitons le souligner, du lien fort avec l’Aide sociale à l’enfance qui est au cœur de la compétence départementale.

  • 80 000 euros en moins pour les centres de planification familiale, auxquels on peut visiblement ajouter une baisse supplémentaire puisque les CPEF émargeaient aussi sur la ligne budgétaire « égalité femmes hommes » qui a été supprimée.

Qui sont les premiers bénéficiaires des centres de planification ? Là encore, ce sont les jeunes, les 20-25 ans…

  • 240 000 euros pour les foyers de jeunes travailleurs
  • 56 000 euros pour le fonds d’aide aux jeunes travailleurs
  • 750 000 euros pour l’Allocation Jeunes Adultes, que notre collègue José Arias…
  • 700 000 euros pour l’insertion des jeunes

Bref, je vais aller au but : 3 millions d’euros supprimés pour les jeunes. En particulier les jeunes qui ont le plus besoin d’être accompagnés. Et, qui plus est,  ce ne sont pas 3 millions d’économie puisque c’est 3 millions viennent répondre à la promesse électorale de mettre 3   millions d’euros supplémentaires en faveur des Etablissements d’Accueil des Jeunes Enfants.

Alors oui pour venir en soutien aux crèches, enfin les crèches associatives puisque s’agissant des crèches municipales ou intercommunales, les collectivités ont largement pris le relais du département puisque cela relève de leur compétence. Nous nous sommes réunis dans un groupe de travail présidé par Frédérique Puissat pour déterminer les conditions d’un nouveau dispositif d’aide aux EAJE, et je la remercie de nous avoir associés.  Cette réunion a été organisée un peu dans la hâte, avant le vote du budget, mais mise à part des grands axes, aucun critère n’est aujourd’hui défini précisément pour venir en soutien des EAJE. En tout état de cause, et selon ce qui m’a été répondu dans ce groupe de travail, aucune subvention ne pourra être versée avant 6 ou 9 mois parce que le dispositif n’est pas opérationnel.  Alors à quoi bon, inscrire 3, 5 millions d’euros au total, qui ne sera pas dépensés et qui mettent en péril les actions en direction des jeunes !!

L’amendement au budget que nous avons proposé en séance budgétaire fin décembre a été rejeté par la majorité, et nous avons donc voté, socialistes et collègues de l’opposition, contre ce budget 2016.

photo du Dauphiné Libéré