Les reculs de la nouvelle majorité départementale

Vendredi dernier les 58 élus du Conseil départemental de l’Isère étaient réunis en séance publique.

A l’ordre du jour notamment :

  • la privatisation de la Société d’Economie Mixte VFD, société d’économie mixte de transports publics dont le Conseil départemental est actionnaire à plus de 80%. Depuis un an, pas un mot de la nouvelle majorité sur la situation de cette société, qui se trouve dans une situation financière délicate, puis du jour au lendemain, sans aucune concertation avec les 400 salariés et les élus du département, la majorité décide de vendre ses actions, en bref : privatiser cette société ! bravo pour l’information et la transparence…

 

  • Le conditionnement des aides sociales versées par le département (notamment le RSA et le Fonds de Solidarité Logement) à l’obligation d’effectuer des heures de bénévolat (ou plutôt de travail non rémunéré).

 

  • Le nouveau plan départemental d’insertion qui sabre les actions d’insertion sociale portées par les acteurs associatifs (budget en baisse de 16% par rapport à 2015 dans le cadre d’un budget global en hausse)

 

  • Un grand « plan jeunesse » pour faire oublier les 3 millions d’euros supprimés dans la cadre du vote du budget pour les actions des éducateurs de rue, de la Mission locale, du planning familial, des foyers de jeunes travailleurs…

Tous les débats peuvent être visionnés, thématique par thématique, en suivant le lien : http://seance-publique.isere.fr/streamfizz/index.php/consultation/live

La séance a débuté par deux interventions : d’abord d’un collectif d’associations indigné par les récentes décisions de la majorité de supprimer l’aide alimentaire aux enfants qui n’ont pas de droit de séjour pour la remplacer par une aide en nature, (cette intervention était éloquente, vous pouvez la retrouver au début de la vidéo) ensuite par un délégué syndical des VFD défendant l’entreprise de service public contre la privatisation de la société.

 

Retrouvez ci-dessous mon intervention relative aux nouvelles orientations en matière de politique d’insertion du Conseil départemental ( dans la vidéo ci-dessus à 4h14):

« 1/ Ce dispositif de réciprocité remet en cause le fondement même de la redistribution nationale, qui apporte une garantie collective aux situations individuelles ou familiales qui le nécessite. L’individu est seul responsable, la société se désengage comme si la société (au sens collectif du terme) n’était responsable de rien, sur la question du chômage notamment. Parler de bénévolat obligatoire c’est enfoncer et stigmatiser des personnes qui traversent des périodes de vie difficiles : perte d’emploi, maladie invalidante, perte d’un conjoint…des ruptures dans leur parcours qui peuvent concerner chacun d’entre nous.

2/ Le sujet est-il vraiment de mobiliser des moyens publics pour trouver des heures de bénévolat aux 25 000 allocataires isérois du RSA ? Donc mobiliser des moyens publics « pour chanter dans une chorale ou en jouer dans un club de football », comme le proposait votre collège Président du Conseil départemental du Haut-Rhin ? Parce que c’est une vraie question : qui va s’occuper de faire la mise en relation ? Les travailleurs sociaux déjà submergés par leur travail d’insertion ? En somme, il s’agit -si l’on comprend bien mais le flou règne dans cette délibération – de mobiliser des moyens publics pour trouver des jobs gratuits aux allocataires du RSA.

Or : non seulement établir un travail sans salaire détruit les emplois peu qualifiés – comme d’ailleurs Monsieur Daubresse, ancien Ministre de Sarkozy l’avait dit dans son rapport sur le RSA- mais par ailleurs, si on a la capacité de le faire, autant trouver un vrai travail à ceux qui n’en ont pas !

3/ Le sujet est bien là : remettre dans une dynamique de retour à l’emploi les allocataires du RSA. C’est là-dessus qu’il faut concentrer nos efforts.  C’est d’ailleurs bien dans cet objectif de retour vers l’emploi que le Gouvernement a créé la prime d’activité ou encore la Garantie Jeunes. Et il faut aller encore plus loin car la situation ne satisfait évidemment personne !

Mais, quand vous supprimez 5 millions d’euros pour l’insertion sociale et professionnelle dans le cadre d’un budget départemental 2016 en hausse, comment imaginer que vous faites du retour vers l’emploi une priorité ? Le Plan Départemental d’Insertion que vous nous présentez perd 16% de budget entre 2015 et 2016 – encore une fois alors que le budget est globalement en hausse – qui donc va s’occuper des personnes les plus éloignées de l’emploi – parce que c’est elles qui seront les plus touchées ?

Concrètement : quand vous reculez sur le soutien aux missions locales, quand vous reculez sur le soutien aux éducateurs de rue ou encore sur le fonds d’aide aux jeunes travailleurs, vous envoyez directement nos jeunes vers la case RSA !

Quand vous reculez sur les actions d’insertion sociale portées par les acteurs associatifs en direction des publics les plus éloignés de l’emploi, c’est comme si vous abandonniez la partie (et par ailleurs merci pour la reconnaissance du travail et de l’emploi associatifs… !). Car on sait bien que, avant de pouvoir s’insérer professionnellement -ce que tout le monde souhaite – certains ont besoin de mieux pratiquer la langue, de se soigner, de retrouver capacités personnelles et confiance en soi…

Concrètement : que va t-il advenir des actions d’apprentissage de la langue portées par l’ADATE par exemple ? Que va t-il advenir des centres de santé de l’AGECSA dans nos quartiers populaires qui permettant l’accès aux soins de tous alors que vous leur annoncez déjà des baisses de budget et qu’ils sont pour l’instant tout simplement non considérés par votre majorité malgré leurs diverses demandes. Qu’adviendra t-il des actions portées par Solexine, par l’Arbre Fruité, par les Jardins de la Solidarité, par la Remise ? par Grenoble Solidarité ? et par tant d’autres acteurs. Certaines de ces associations m’ont déjà fait part de leurs grandes inquiétudes !

4/ C’est comme si, finalement, vous considériez qu’un certain nombre de personnes sont assignés à la case RSA. C’est comme si, sous couvert de ce principe de réciprocité, vous vous donniez bonne conscience, bonne conscience en abandonnant la partie. Non seulement vous allez contribuer à envoyer encore davantage de personnes vers le RSA mais le message que vous envoyez aux allocataires du RSA est tout aussi négatif : vous ne trouverez pas de travail alors rendez-vous utile si vous voulez manger à la fin du mois !

C’est tout l’inverse de ce que nous pensons : nous pensons que tout le monde à sa chance dans la société, que tout le monde peut trouver ou retrouver le chemin de l’emploi et que personne n’est assigné à la case RSA. C’est une vision bien différente de la nôtre de l’égalité des chances ! Une vision bien différente de la société et de l’intervention publique, décidément. »